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Représenter, se représenter ou transmettre des représentations

Du côté de l’audience, la question de la liberté est aujourd’hui caractérisée par la crise de confiance que connaît la société française à l’endroit des journalistes. La question se pose, qui prendra toute son importance en ce qui concerne le suicide, de savoir si les médias ne sont qu’un canal de diffusion d’une information voulue purement factuelle, ou s’ils participent au « travail », à la modulation de cette information? Traduite dans le champ des sciences de la communication, l’interrogation devient: les médias ne font-ils qu’entretenir des représentations collectives par le relais qu’ils en font, ou participent-ils à façonner, voire à générer ces représentations au sein du corps social ? Parmi les chercheurs et les professionnels, les deux positions, dont les implications éthiques sont très concrètes, peinent à être dialectisées. Sans prétention à l’arbitrage, nous nous contenterons de les rapprocher de la notion d’empreinte minimale sur la réalité que nous avons soulevée plus haut. Même s’il se veut d’une objectivité et d’une impartialité parfaites, le journaliste et la rédaction à laquelle il appartient opèrent des choix à chaque étape du processus de production de l’information : choix du sujet à traiter, de l’angle d’approche, des mots, des tournures, du style d’écriture, de la titraille, choix des personnes interviewées, du placement, de la temporalité et du mode de diffusion. Qu’ils soient conscients ou non, ces choix conduisent inévitablement à ce que les productions journalistiques revêtent un double niveau de lecture. Comme dans toute structure communicationnelle, le niveau strictement informatif (ou niveau digital), se voit augmenté d’un niveau implicite, davantage sujet à l’interprétation, que l’on peut qualifier de niveau analogique. Le contenu analogique est celui qui se lit « entre les lignes », qui renvoie le lecteur à certaines impressions, images ou idées à propos d’un sujet pourtant traité de manière factuelle. Or, il nous semble que ce contenu latent qui échappe en partie au journaliste constitue sa contribution minimale au travail des représentations sociales. Une contribution qu’il pourra amplifier, moduler et investir variablement selon ses choix (les éditorialistes et les faits-diversiers représentent deux opposés à cet égard), mais à laquelle il ne pourra jamais se soustraire tout à fait. Par la force de ce contenu analogique, le lecteur pourra consciemment ou inconsciemment interpréter des intentions qu’il supposera au journaliste ou s’en trouver affecté dans ses représentations. À travers la notion de modèle implicite, c’est donc à nouveau les notions d’empreinte sur la réalité, de liberté du lecteur en lien avec celle du journaliste et de responsabilité de ce dernier qui se trouvent nouées autour du travail médiatique.

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